iPhone 5 : c'est une évolution


Après de longs mois d'attente, l'iPhone 5 est enfin disponible, ou presque. Apple a beau fêter une énième révolution, le grand public reste pour une grande part sceptique, indifférent, voire déçu. Pourtant, avec Samsung et Android qui ne cessent de gagner des parts de marché, Apple se devait de frapper un grand coup. Alors, que s'est-il passé ?




Des annonces connues d'avance

Lorsque Apple organise un événement spécial pour présenter un nouveau produit, elle entend bien surprendre, séduire, et galvaniser les foules. Il y a deux jours, lorsque Phil Schiller a présenté l'iPhone 5, tout était déjà connu. Tout ! La semaine dernière, nous avions publié un récapitulatif des rumeurs, fuites et réflexions sur l'iPhone 5 (voir dépêche : iPhone 5 : le point sur les rumeurs). Nous vous invitons à le lire à nouveau : nous connaissions toutes les caractéristiques du nouveau téléphone avant même le début de la conférence. D'ailleurs, nous en connaissions même le design : l'image suivante a été publiée sur Consomac le 30 mai dernier !




L'effet de surprise est donc tombé à l'eau. L'iPhone 5 attirant les convoitises, Apple n'a pas su tenir ses sous-traitants, et certains employés tentés par de l'argent facile ont rapidement fait sortir des composants des chaînes de montage asiatiques.


Un marché mature

Malgré la déception, il convient tout de même de regarder les caractéristiques de l'iPhone 5 avec un peu de recul. Concrètement, qu'Apple aurait-elle bien pu faire pour dévoiler un meilleur téléphone ? L'iPhone 5 est surpuissant, fin, léger, dispose d'une excellente caméra, et est fabriqué dans des matériaux d'une qualité et d'une finition dont ne peuvent rêver aucun des téléphones concurrents.




Le problème, c'est avant tout qu'il n'est plus aujourd'hui possible d'apporter de révolution au marché de la téléphonie mobile. Ou plutôt, il n'est plus possible d'apporter de révolution matérielle. Avec l'iPhone 5, Apple n'a pas pris la peine de chercher à égaler les caractéristiques du Galaxy SIII de Samsung, par exemple. La course à la puissance des composants ne sert plus à rien : qui a besoin aujourd'hui de 2 Go de mémoire vive sur un téléphone ? Avec la même quantité de mémoire, Apple arrivait il n'y a pas si longtemps à faire tourner un MacBook Air... On se contentera bien d'un seul giga-octet sur l'iPhone.

Le marché de la téléphonie mobile arrivant à un stade où l'innovation se limite à l'évolution et non plus à la révolution, Apple s'est logiquement concentrée sur ce qu'elle sait faire : du Apple. C'est à dire, ne pas intégrer de composants trop ronflants pour la beauté de l'étiquette dans les magasins, alors que cela ne sert qu'à peu de choses en dehors de réduire l'autonomie de l'appareil. C'est à dire, améliorer ce qui est vraiment important au quotidien : la qualité de l'objet en lui-même, la qualité des photos (dont on ne rappellera jamais assez qu'elle ne dépend pas du nombre de mégapixels), la finesse, le poids, ou encore bien sûr le logiciel.

Et c'est bien là la force de l'entreprise de Cupertino : elle n'a pas cédé à la tentation du modèle Samsung, de ses téléphones démesurés nécessitant deux mains pour être utilisés, de ses composants à la pointe de la technologie mais au final intégrés dans un téléphone au design fade, en plastique et ne rentrant pas dans un bon nombre de poches. Plutôt que de faire une annonce fracassante, Apple a préféré tout améliorer, et produire au final un téléphone qui n'est peut-être pas révolutionnaire, mais extrêmement abouti et sans véritable défaut, en dehors peut-être de l'incompatibilité avec la 4G française (voir dépêche : L'iPhone 5 et la 4G française).




Un peu d'audace !

Au delà du manque de surprise et d'un produit arrivé à maturité, ce qui a le plus manqué à Apple est certainement un brin d'audace. L'iPhone 5 est terriblement sage ! On a pris l'habitude d'un Apple capable de miser sur de nouvelles technologies encore non adoptées par aucun acteur majeur de l'industrie, et Apple avait justement avec l'iPhone 5 l'occasion de se lancer dans un nouveau domaine : la NFC, ou communication en champs proche. Cette technologie existe déjà sur quelques téléphones, comme par exemple le Galaxy SIII, mais n'a pas encore vraiment décollé. Pourtant, le potentiel est gigantesque.




La NFC permet une communication sans fil sur une très courte portée, de l'ordre d'une dizaine de centimètres. De nombreux services, comme par exemple les cartes de transports dans certaines grandes villes (Paris, Lyon, etc.), utilisent des cartes NFC. Et le futur est bien sûr à la conversion des cartes de paiement, et à l'accès à de plus en plus de services via cette technologie (piscines, hôtels, parkings, cartes de fidélité, coupons de réduction, etc.). Le frein jusqu'ici étant qu'aucun acteur véritablement majeur du marché ne s'est risqué à intégrer un véritable support logiciel de la NFC dans ses téléphones. Phil Schiller, Vice-Président marketing d'Apple, s'est exprimé sur le sujet après la conférence de mercredi : « il n'est pas clair que la NFC soit la solution à un quelconque problème d'aujourd'hui. Passbook répond aux besoins actuels des clients » (voir dépêche : NFC : Apple préfère attendre).




Pourtant, les besoins et les opportunités ne manquent pas. Outre la possibilité d'intégrer ses cartes de transport, d'hôtel et d'autres services dans son téléphone (qui peut alors être lu même éteint ou sans batterie), on peut imaginer une pléiade incroyable de services qui pourraient alors voir le jour. Apple a d'ailleurs largement breveté nombre de ces idées : commencer un transfert de fichiers entre deux appareils juste en les rapprochant l'un de l'autre, synchroniser un téléphone et une enceinte de salon en posant simplement l'iPhone dessus, commencer un jeu en réseau entre deux iPhones juste en les rapprochant, etc.

Apple a perdu une occasion en or de se redonner le rôle de leader et d'innovateur de l'industrie. Si les équipes de Tim Cook attendent que la NFC soit plus mature pour l'adopter, c'est pourtant Apple la plus à même de l'imposer rapidement sur le marché. Avec Passbook, Cupertino pourra tâter le terrain, et le successeur de l'iPhone 5 en sera peut-être équipé. À suivre...


Apple fait du Apple

Steve Jobs aimait comparer sa société avec BMW, et rappelait que la part de marché du Mac dans l'industrie informatique était supérieure à celle de BMW dans celle des voitures, notant que les parts de marché de BMW ne posaient de problèmes à personne. Bien qu'Apple dispose toujours d'environ 9% de parts de marché avec son iPhone, il ne faut pas s'y tromper : Apple est une entreprise de luxe, avec des produits onéreux et des marges très confortables. Elle n'a aucun intérêt à chercher à conquérir le monde entier : avec ses ventes actuelles, elle accapare 77% des profits de l'industrie mondiale du téléphone. Un chiffre à peine croyable.

Adaptateur LightningSi Apple avait profité de la sortie de l'iPhone 5 pour baisser ses tarifs, le monde entier aurait applaudi des deux mains. Mais Apple, au contraire, a augmenté le prix de l'iPhone, et le prix des options pour acheter des modèles plus capacitaires est indécent. Pire, Apple a changé le format de son câble, ce qui oblige la grande majorité des clients possédant des accessoires (enceintes, chargeurs de voiture, etc.) à acheter un adaptateur coûtant 29 €. Ce qui mène le premier prix de l'iPhone 5 à 700 € ! Un chiffre là aussi à peine croyable, mais auquel on peut trouver une justification : l'iPhone 5 ne pourrait être aussi fin et léger en utilisant l'ancien câble, et l'euro a effectivement baissé face au dollar (l'iPhone n'a pas vu son prix augmenter aux États-Unis).

Même si Apple pourrait sans problème baisser ses marges, il faut bien comprendre qu'un prix est déterminé en fonction de l'offre, mais surtout de la demande. Si demain Apple est toujours capable de vendre son iPhone par millions et demeurer la première capitalisation boursière du monde, elle aurait bien tort de changer de politique tarifaire.


Le meilleur téléphone ?

La plupart des téléphones haut de gamme du marché ont aujourd'hui des caractéristiques plutôt similaires, la taille de l'écran mise à part. À partir du moment où tous ces combinés ont tous très largement la puissance et les fonctionnalités recherchées chez l'énorme majorité du public, ce qui fait la différence n'est pas la succession de petites lignes sur la fiche technique mais le ressenti lors de la prise en main. Nous n'avons pas encore eu la chance de tester l'iPhone 5, mais nos différents confrères américains ont été unanimes : l'iPhone passe à un tout autre niveau de finition et de qualité, avec des matériaux très agréables dans la main.




Et le logiciel, seconde étape de la prise en main d'un téléphone, n'est pas en reste, avec un iOS 6 qui apportera de nombreuses nouvelles fonctionnalités au téléphone pommé (voir dépêche : Apple présente iOS 6). Seul l'avenir nous dira si la stratégie d'Apple est la bonne. Toutefois aujourd'hui, cet iPhone 5 si peu surprenant est peut-être cher et peu audacieux, mais il est tout de même bien, peut-être, le meilleur smartphone de la planète.


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Vos réactions (15)

Gaius

16 septembre 2012 à 02:31

Euh.... comment dire, je cherchais justement a faire passer ce message aux personnes septique de mon entourage, mais là c'est tellement bine écrit ^^ !

Tout est dit, EXCELLENT article !

luciano73

16 septembre 2012 à 02:57

Effectivement, très bon article Sylvain ! Cependant je suis en désaccord avec toi concernant ton constat selon lequel "il n'est plus aujourd'hui possible d'apporter de révolution au marché de la téléphonie mobile". Je pense qu'il est toujours possible, à défaut de révolutionner le marché, d'exploiter une technologie émergente intelligemment comme Apple savait le faire il y a quelques années de cela. Le NFC est un très bon exemple, je pensais vraiment qu'Apple allait sauter sur l'occasion ! Je suis convaincu qu'en se raclant un peu la soupière à Cupertino ils auraient pu en faire une "révolution".
D'autres technologies un peu plus audacieuses n'attendent qu'à être exploitées, comme les écrans haptiques, leap motion...
L'iPhone 5 est un excellent téléphone en soi, et iOS 6 un OS vraiment abouti et bien conçu, on ne peut pas leur enlever ça. Ce que je reproche à Apple ces derniers temps, c'est de se reposer sur ses lauriers, et de ne plus proposer d'innovation majeure afin de rester dans l'excellence comme au bon vieux temps.
Perso je vais acheter ce nouvel iPhone car mon 3GS commence à se faire vieux, mais si j'avais un 4 ou un 4S j'aurais presque trouvé cette mise à jour insultante !

jebster

16 septembre 2012 à 08:31

On pourrait aussi penser au rechargement sans fil, déjà dispo chez Nokia, ce genre de petit détail pratique qui auraient été un plus.
Très bon article Sylvain.

Augustin

16 septembre 2012 à 08:54

En effet comme dit plus haut, la balance de l'article est presque parfaite. C'est un constat très équilibré, qui expose toutes les choses devant être dites sur ce téléphone.

aexm

16 septembre 2012 à 09:17

je ne pense pas qu'on puisse dire que les révolutions précédentes d'Apple étaient matérielles non plus …

C'est un tout, logiciel + matériel, ils ont su assembler des fonctions, les proposer au bon moment, et avant les autres, et créer un nouveau genre de téléphone (et se faire copier), avec une ergonomie excellente.

Alors que bien d'autres se sont cassés les dents dessus …
me souviens de mon QTEK S100 (il marche encore) avec un pauvre windows mobile dessus ... un pc sur petit écran

La mise à jour est décevante, mais ce n'est pas la seule (Mac Pro, iMac, Mac mini, & co). Apple commence à ralentir la cadence des innovations/intégration pour en garder sous le pied, ils suivent le pas …
Il ne sont plus dans la même position qu'avant, et vu leur chiffre quel serait leur intérêt ?

en tout cas bon article

Sebastien

vwvw

16 septembre 2012 à 10:13

Comment ça pas de révolution matériel possible ? Et la batterie ?
Personnellement, je préférerais mon iPhone 5mm plus épais et avoir une batterie trois fois plus grosse.

Lilouvostos

16 septembre 2012 à 11:19

La grande déception pour moi reste le prix inchangé : une petite baisse n'aurait pas été de refus, dommage

sudes

16 septembre 2012 à 15:22

Très bon article, parfaitement objectif.

De mon point de vue, j'aurais préféré avoir un téléphone aussi lourd qu'un 4S, aussi épais (il rentrait déjà dans ma poche !), mais avec un système de recharge sans fil, la NFC, éventuellement la norme WiFi ac et surtout une batterie qui tienne VRAIMENT une journée. Pouvoir me dire, comme Apple l'a présenté en 2007, "Mon téléphone a 5 ans d'avance"...
Bref : Effectivement, ce téléphone est sans doute le meilleur de la planète. Mais ça ne veut pas dire que c'est le meilleur téléphone qu'on aurait pu fabriquer.

bebert7700

16 septembre 2012 à 16:01

Moi pour ma part, je pense qu'Apple a pris la décision sur un tard de ne pas implémenter le NFC. Pq? Pour éviter que Samsung ne profite du travail d'Apple pour améliorer leur NFC (qui ne fait que du passage de documents).

Mr Bob

16 septembre 2012 à 23:38

A mon avis, et vu l'ingénierie développée autours de la construction et du design de l'architecture interne, ça m'étonnerait qu'ils puissent se dire : "ho bah nan les gars, finalement on enlève ça, on verra plus tard".

Arrivés à un moment, les nouveautés diminueront et il y aura un creux, voire un vide. C'est déjà un peu le cas. Si on suit l'évolution des présentations d'iPhones, on s'en rend compte. Pour le premier iPhone, Steve Jobs est allé très vite et a utilisé des termes généraux pour présenter l'iPhone 1, pareil pour le 3G. Aujourd'hui, ils passent trois plombes sur des nouveautés assez pointues comme l'appareil photo, ou assez banales comme le calendrier ou mail. Je pense que ce creux va également se ressentir dans le développement de l'iPad, et j'irai même jusqu'à dire qu'Apple a prévu ce creux en rallongeant la durée de vie de l'iPad et en stoppant sa numérotation, afin de diminuer l'attente de nouveauté.

pehache

17 septembre 2012 à 08:38

"...cet iPhone est le premier à s’appeler iPhone 5. C’est donc le premier iPhone avec un chiffre plus grand que 4. Osez prétendre que ce n’est pas une avancée majeure."

http://www.slate.fr/story/61755/apple-iphone5-moque-port-adaptateur-USB

pehache

17 septembre 2012 à 11:42

Au sujet de la comparaison avec BMW, il y a quand même une grosse différence entre Apple et BMW : les usines BMW sont encore majoritairement situées dans les pays occidentaux, alors que toute la production Apple est depuis longtemps délocalisée en Chine ou équivalent.

Avec les conséquences que l'on sait côté chinois :

http://www.pcinpact.com/news/73817-un-journaliste-sinfiltre-chez-foxconn-pour-fabriquer-iphone-5-son-recit.htm?vc=1

Et celles côté pays occidentaux :

http://archives.lesechos.fr/archives/2011/LesEchos/21089-081-ECH.htm

iMusic

18 septembre 2012 à 14:47

@ pehache : (Ton second lien ne fonctionne pas.)
Bien évidemment que la comparaison avec BMW est fallacieuse. La marque de voiture allemande est réellement haut de gamme avec une production européenne exclusive qui respecte les chartes sociales et de qualité. Quand les designers informatiques d'Apple se contentent de faire produire en Chine à bas coût, avec des composants bon marché, et de donner une fausse apparence "haut de gamme" à des produits qui ne le sont que par les tarifs (les marges), le marketing, et un réseau de distribution maîtrisé.

Ce que font beaucoup de marques, surtout dans la mode qui ne font que copier les codes du luxe, juste comme un vernis (design - marketing - distribution) sur des produits de masse made in China...
En fait, le modèle économique Apple se rapproche plus des marques textiles du type "Sentier" :
Vendre au prix fort, à flux tendu, dans de jolies boutiques, des produits dessinés en France, mais produits à bas coûts dans les usines asiatiques qui fournissent aussi bien C&A et E.Leclerc, que Zadig & Voltaire...
Libre aux consommateurs et citoyens de ne pas se laisser berner.

iMusic

18 septembre 2012 à 15:01

Vendre au prix fort, à flux tendu, dans de jolies boutiques, des produits dessinés en France, mais produits à bas coûts dans les usines asiatiques qui fournissent aussi bien C & A et E.Leclerc, que Zadig & Voltaire...

Petit problème de code avec le signe &

iMusic

18 septembre 2012 à 15:03

Argghhhhh !!!

... C et A, et E.Leclerc, que Zadig et Voltaire...

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