Affaire Fortnite : Apple contre-attaque Epic Games


Tandis qu'Apple et Epic Games se préparent pour leur prochaine audience relative à une injonction préliminaire qui décidera du sort de Fortnite sur l'App Store, Apple vient de passer à la contre-attaque en déposant plainte contre Epic Games pour violation de contrat. Pour Apple, le procès initié par Epic Games dans le cadre de l'affaire Fortnite « n'est rien d'autre qu'un simple désaccord financier basique ». Les avocats de Cupertino ne se montrent sans surprise pas tendres envers Epic Games, partiellement détenu par le géant chinois Tencent : « Bien qu'Epic se présente comme un Robin des bois des temps modernes, il s'agit en réalité d'une entreprise multi-milliardaire qui ne veut simplement rien payer pour l'incroyable valeur dont elle tire parti sur l'App Store ».

Apple donne plusieurs statistiques pour justifier sa réaction : Epic Games aurait par exemple utilisé plus de 400 API et frameworks d'Apple, cinq versions de l'Apple SDK, ses applications auraient été validées plus de 200 fois et plus de 140 mises à jour auraient été publiées. Apple affirme également avoir favorisé Epic Games pour les lancements de nouvelles saisons de Fortnite, avec « de la publicité gratuite et des tweets favorables ».


Fortnite

Apple va ainsi demander des remboursements et des compensations pour l'incartade d'Epic Games, qui rappelons-le a mis en place au sein de son jeu vidéo Fortnite un système de paiement alternatif à celui de l'App Store, ce qui lui a permis de temporairement contourner la facturation et donc la commission de 30% d'Apple. Apple, qui a presque immédiatement retiré la mise à jour incriminée de sa boutique d'applications, a rapidement mis en demeure Epic Games de publier une mise à jour rectificative mais l'éditeur a préféré aller au bras de fer. Il y a dix jours, Apple a mis ses premières menaces à exécution et a supprimé le compte développeur d'Epic Games de l'App Store.

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Vos réactions (21)

So0paman

9 septembre 2020 à 09:54

Je comprend que la commission réclamée par Apple pour l'App Store soit jugée trop gourmande pour les petits développeurs et autres, mais quand c'est Epic ça me fait rire (jaune). Je trouve que la comparaison avec le Robin des bois multimilliardaire est bien trouvée par Apple.

Epic se sent pousser des ailes avec le succès de Fortnite et attaque sur tous les fronts. Ils ont fait la même chose avec Steam. Je comprend leurs intérêts, mais c'est la manière de faire très hypocrite en essayant de manipuler l'opinion publique et influencer les joueurs qui me débecte. Joueur souvent très jeunes d'ailleurs vu que c'est la cible de Fortnite, forcément c'est plus facile.

Ils devrait garder à l'esprit que ce type de succès basé uniquement sur un seul titre n'est pas éternel, que ce sont des effets de mode, et qu'un jeu comme Fortnite finira par s'essouffler et sera remplacé par un autre. Peut être qu'à ce moment là ils regretteront de s'être fait autant d'ennemis dans l'industrie.

pehache

9 septembre 2020 à 10:29

So0paman : "Je comprend que la commission réclamée par Apple pour l'App Store soit jugée trop gourmande pour les petits développeurs et autres, mais quand c'est Epic ça me fait rire (jaune). Je trouve que la comparaison avec le Robin des bois multimilliardaire est bien trouvée par Apple."

En même temps, qui d'autre qu'une gros studio de développement peut se permettre de défier Apple de cette façon ? Est-ce qu'un petit studio aurait pu prendre le risque de voir son compte fermé ? Bien sûr que non, pour un petit studio ce serait une condamnation à mort. Donc il n'y a pas rire jaune, car le petit Robin des bois s'attaquant à Apple on aurait pu l'attendre longtemps.

"Peut être qu'à ce moment là ils regretteront de s'être fait autant d'ennemis dans l'industrie."

De Gaulle disait "Les états n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts". Tu peux appliquer ça sans problème aux entreprises : les affrontements ou les alliances ne sont que conjoncturels, et si demain Epic et Games retrouvent un intérêt commun ils auront à nouveau l'air de bons amis comme si rien ne s'était passé.

pehache

9 septembre 2020 à 10:30

"...Epic et Apple...", pas "Epic et Games..." !

Ponce la defonce

9 septembre 2020 à 10:31

Mdrrr c’est bon feuilleton tv j’attend la suite

So0paman

9 septembre 2020 à 10:52

Pehache : Je suis plutôt d'accord avec toi, encore une fois l'intention n'est pas forcément réprimable, c'est la manière de faire d'Epic qui me dérange. Il y a des conditions, qu'ils ont acceptés, ils en ont bien profité et maintenant essayent de les contourner tout en mettant l'opinion collective de leur côté avec une communication douteuse.

Ils se donnent le rôle de gentil en faisant ça entre autre pour que ça profite (soit disant) à tous les développeurs, alors qu'on sait bien qu'ils s'en fichent et le font uniquement dans leur intérêt personnel.

J'aurai préféré voir une protestation collective et organisée de développeurs plus modestes, là j'aurai trouvé ça plus légitime. Et je pense qu'il ne faut pas les sous estimer, il y a beaucoup de petit studios qui proposent des applications hyper importantes pour le catalogue de l'App Store. Il suffit de regarder le classement des Apps payantes, c'est loin d'être des gros studios qui occupent les premières places.

VanZoo

9 septembre 2020 à 11:01

L'un est démago, l'autre est arrogant

Sethenès

9 septembre 2020 à 11:15

Je comprends la logique d'Apple qui veut que l'attaque soit la meilleure défense mais ici, ça me parait bien léger.

D'autant plus qu'au fond, la sanction est déjà tombée puisque le compte a été fermée. Je ne dis pas que le principe du "non bis in idem" peut s'appliquer "stricto sensu" mais le juge devrait être sensible à cette idée.

Pour rappel, le principe du "non bis in idem" (pas deux fois "pareil") empêche quiconque d'être jugé deux fois pour exactement les mêmes faits. Alors bien sûr au sens stricte, EPIC n'a pas été "jugé" par une juridiction. Néanmoins il a déjà été "puni" et même au-delà de ce qui était attendu puisque non seulement l'appli litigieuse a été retirée (logique) mais en plus le compte a été fermé (nettement plus discutable). Donc sanction il y a eue.

Au fond, c'est une parfaite illustration de ce que j'évoquais quand je disais qu'Apple avait joué toutes ses cartes. Si, par exemple, seul le jeu avait été retiré (conformément au contrat) mais que le compte était resté ouvert, cette procédure aurait pu avoir nettement plus du sens.

Mais ici, Apple a "puni" elle-même, donc pour moi, il est trop tard pour aller pleurer devant un juge.

Car j'imagine qu'au fond, Apple espère pouvoir trouver un accord et que les deux procédures soient retirées ...

The Hoff

9 septembre 2020 à 13:12

@ Soopaman: Epic a reçu le soutien officiel de plusieurs gros éditeurs, et officieux d'un bon paquet d'autres. Simplement, quand tu es autant dépendant du bon vouloir d'un très gros fournisseur tout puissant, tu ne peux t'attaquer à lui que si tu as une certaine taille.

pehache

9 septembre 2020 à 13:22

@So0paman "Ils se donnent le rôle de gentil en faisant ça..."

Oui, c'est de la comm', et c'est incontournable. Toutes les entreprises font de la comm' pour se faire passer pour ce qu'elles ne sont pas. Apple est même un des maîtres en la matière, mais Epic n'aurait pas le droit d'utiliser les mêmes armes ?

Sethenès

9 septembre 2020 à 13:34

Ce qui est intéressant dans ce débat, c'est qu'il est réduit à Apple vs EPIC, or dès le départ, EPIC s'attaque tant à Apple qu'à Google.

Alors bien sûr on est sur un site dédié au Mac et à Apple mais l'oblitération de cet aspect dans le débat me semble assez significative.

Je pense que la fébrilité de la réaction d'Apple s'explique par le fait qu'ils se pensent infaillibles et invincibles - mais - elle traduit aussi l'énorme importance du store sur le résultat financier de l'entreprise. Je pense d'ailleurs que cet impact est largement sous-estimé.

Piroquem

9 septembre 2020 à 14:01

Quand je suis chez Carrefour, tout ce que j'achète rémunère Carrefour.
Quand j'achète une Playstation, tous les contenus et jeux que j'achète rémunèrent Sony.

Il sera très intéressant de voir si les juges vont considérer qu'Apple n'a pas le droit d'imposer ses conditions commerciales pour les apps et jeux vendus sur ses produits.

Et oui, la position d'Epic est plus que discutable. Ils font une vente à perte, en distribuant gratuitement un jeu qui leur coute une fortune en développement et en bande passante et se rémunèrent en vendant des bricoles qui leur coute une misère en développement. Ils contournent ainsi les commissions des stores. La pratique de vente à perte étant interdite, il sera intéressant de voir si cet argument sera porté devant les juges dans cette affaire.
Non contents d'avoir réussi ce premier contournement, ils veulent maintenant faire des ventes "in app" sans payer de comission...

@Sethenès
Apple ne pleure pas devant un juge. Apple répond à une action portée en justice par Epic. Ce n'est donc pas Apple qui a sollicité la justice.
Le fait de ne juger qu'une fois un affaire s'applique, c'est le bon sens, pour un jugement (avec donc un juge).
Aucun juge ne pourrait considérer que la suppression par Apple de la version litigieuse du jeu et du compte de dev constitue une sanction ou punition qui éteindrait les recours possibles d'Apple contre Epic.

Sethenès

9 septembre 2020 à 14:40

@Piroquel : "Aucun juge ne pourrait considérer que la suppression par Apple de la version litigieuse du jeu et du compte de dev constitue une sanction ou punition qui éteindrait les recours possibles d'Apple contre Epic."

En es-tu bien sûr ? N'as-tu pas déjà entendu des arguments tels que la justice laisse tomber une affaire contre un individu car le préjudice moral (par exemple via l'atteinte à son image dans le concert médiatique) a déjà fait tellement de tort à l'accusé qu'il ne faut pas en rajouter une couche ?

En plus cela pose la question de savoir dans quelle mesure, justement, le fait que les concepteurs de store sont à la fois juge et partie, est préjudiciable aux clients (ici entendu les éditeurs de contenu) et s'il ne faut pas "légiférer" sur la question. J'entends par "légiférer" soit l'établissement d'une loi, soit son pendant judiciaire qu'est la jurisprudence.

Il faut bien séparer les trois éléments du dossier. Et chacun d'entre eux, au fond, dépasse le cas d'Apple et concerne ces nouvelles formes de commerce. Le politique n'a pas pu ou voulu s'y attauquer. C'est au tour des juges de le faire.

Pour rappel, les 3 éléments (et leur extension au cas général) :

Point 1) EPIC contrevient pour une application aux conditions du store. L'application est bloquée par Apple. Cet aspect du dossier est identique pour EPIC contre Google et concerne le "montant" de la commission (30%).

Généralisation 1) Ici la question posée au fond, c'est celle du monopole "subtil" entre une société qui construit un matériel, propose un OS unique, connecté à un store unique. C'est probablement le moins explosif des 3.

Point 2) La seconde question sous-jacente qui est posée est de savoir dans quelle mesure un possesseur de store peut proposer un service concurrent tout en appliquant la même commission, ce qui évidemment pose la question de distorsion de concurrence. Avec comme issue possible une scission d'Apple en 2 ou 3 entités totalement indépendant en tout cas pour le store d'une part et le contenu (jeux, musique, vidéo, presse, ...).

Généralisation 2) C'est pour moi incontestablement le point majeur du débat. A la limite, même des sociétés comme les market places pourraient être impactées puisqu'elle vendent leurs produits tout en permettant à des tiers de faire pareil.

Point 3) les "petites" vengeances d'Apple (que rappelons-le, Google ne s'est pas abaissée à commettre) et leurs conséquences qui est en plein dans notre débat.

Généralisation 3) Avec comme enjeu majeur de savoir si la justice va mettre une limite au pouvoirs des possesseurs de store et clarifier ce qu'étant partie, ils peuvent juger !

En conclusion, je dirais que cette affaire (qui je l'espère ira au bout du volet judiciaire) est probablement l'une des étapes majeures dans l'évolution du droit des sociétés. Les politiques ont échoués, aux juges de parler !

pehache

9 septembre 2020 à 14:48

Piroquem : "Quand je suis chez Carrefour, tout ce que j'achète rémunère Carrefour."

Stop à ces analogies complètement éculées et sans queue ni tête. L'App Store vend du dématérialisé, Carrefour du physique. L'App Store est une marketplace, Carrefour n'est pas une marketplace. Apple forme un duopole avec Google sur les App Store mobile, Carrefour a de nombreux concurrents.

Pour autant, les pratiques des centrales d'achat des chaînes de supermarchés ont été régulées par des changements de loi quand il a été constaté que le rapport de force était déséquilibré avec les fournisseurs. Et c'est bien la stratégie d'Epic à long terme : faire en sorte que les régulateurs des marchés imposent des changements de pratiques à Apple et Google.

matt

9 septembre 2020 à 15:09

@piroquem « en distribuant gratuitement un jeu qui leur coute une fortune en développement et en bande passante et se rémunèrent en vendant des bricoles qui leur coute une misère en développement. »

Ce n’est pas ce qu’on appelle une vente à perte.
Ils sont dans leurs droit de pratiquer cette pratique tarifaire.
Avant que Epic Games prenaient position, les bricoles dont tu parles passaient pas les 30% de « taxes » de l’app store donc ils contournaient rien.
Donc ce n’est pas le débat.

Piroquem

9 septembre 2020 à 15:34

@ pehache
Si le dématérialisé te dérange, tu peux reprendre l'exemple de la Playstation.

La régulation sur la relation grande distribution / producteurs (tiens tu reviens à l'exemple éculé) porte sur les négociation de prix (la grande distrib poussant les prix vers le bas) et sur la fixation des prix de vente. Sur les stores d'apps, les éditeurs fixent leur prix en toute autonomie et la commission est transparente et identique pour tous les éditeurs!

@Sethenès
Je suis tout à fait d'accord avec ta conclusion.
Pour ton point 3, Google ne fait pas pareil car Google ne regule pas les achats in app. Apple n'a pas bloqué l'app pour ton point 1. Apple tolère qu'une App comme fortnite soit gratuite et que l'éditeur se rémunère en vendant des bricoles tant que ce ne sont pas des achats in app.
La raison du blocage par Apple est bien les achat in app. Mais fortnite attaque la commission de 30% (et donc Google par la même occasion).

The Hoff

9 septembre 2020 à 17:22

@ Piroquem: la comparaison n'a surtout rien à voir parce que Carrefour assume les pertes des produits qu'il ne vend pas là où Apple et Google ne prennent aucun risque. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle ils gagnent autant d'argent. 0 risque + coût limité + prix exorbitant = jackpot. La commission anti trust aux Etats Unis n'hésite même pas à parler de "vol" en ce qui concerne les tarifs pratiqués.

pehache

9 septembre 2020 à 17:45

@Piroquem "Si le dématérialisé te dérange, tu peux reprendre l'exemple de la Playstation."

Oui, mais ce n'est parce que Sony et d'autres font pareil que la position d'Apple est inattaquable. Et si au bout du compte le jugement sur le fond est défavorable, cela aura logiquement des conséquences sur tous les store du même genre, Sony ou autres.

"La régulation sur la relation grande distribution / producteurs porte sur les négociation de prix (la grande distrib poussant les prix vers le bas) et sur la fixation des prix de vente."

On s'en fout, ce n'est pas ça qui important. Ce qui important c'est qu'on pourrait dire dans ce cas là aussi : "laissons le marché faire et les acteurs passer les contrats qu'ils veulent entre eux". Sauf que non, on a choisi de réguler ce marché pour modérer la position de force des centrales d'achat.

"Apple tolère qu'une App comme fortnite soit gratuite et que l'éditeur se rémunère en vendant des bricoles tant que ce ne sont pas des achats in app."

Si c'était le cas, Fortnite n'aurait jamais été autorisée sur l'app store vu que c'est son mode de fonctionnement depuis le début. C'est bien le contournement du système de paiement Apple qui a entraîné le blocage.

Piroquem

9 septembre 2020 à 20:44

Ce n’est pas ça: avant la fameuse mise à jour, il fallait créditer son compte en coins contre des euros sur le site de Fortnite sans passer par l’application. On dépensait ensuite les coins sur lappli. Cette pratique n’était pas interdite par Apple.

pehache

9 septembre 2020 à 21:16

Ah OK, donc il n'avait pas du tout d'achat in-app sur l'appli elle-même avant la MAJ ? Ca m'étonne un peu, d'autant que les articles que je trouve sur le sujet semblent dire le contraire, par exemple : https://iphoneaddict.fr/post/news-237542-fortnite-plus-milliard-dollars-recettes-grace-achats-integres

Quoi qu'il en soit c'est bien le contournement de son système de paiement par Epic que Apple a sanctionné.

matt

9 septembre 2020 à 21:31

Pour avoir joueé à Fortnite, sur iOS on n’était en effet pas obligé d’acheter des coins (ici des « V-Bucks) depuis l’app ! On pouvais les acheter depuis le pc en économisant évidemment les 30%. L’achat in-app était bien présente je m’en souviens.
Cette situation c’était dans la première moitié de 2018.
J’en avais déjà parlé il me semble sur le premier article de Sylvain sur l’affaire Epic VS Apple.

pehache

9 septembre 2020 à 22:23

@matt : oui tout à fait. Donc je précise : "Quoi qu'il en soit c'est bien le contournement de son système de paiement par Epic directement dans l'appli que Apple a sanctionné."

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