Apple supprime l'application Parler de l'App Store


Le contrôle total exercé par Apple sur les applications présentes sur l'App Store fait débat depuis de nombreuses années. Ces derniers temps, ce sont les éditeurs et plateformes de jeux vidéo qui ont remis médiatiquement en cause l'hégémonie de l'App Store. Systématiquement ou presque, il a été question d'argent — la fameuse taxe de 30%, désormais réduite à 15% pour les petits développeurs — ou d'apparition de modèles économiques incompatibles avec le fonctionnement de la plateforme d'Apple, souvent dans des contextes très concurrentiels comme pour les plateformes de jeux vidéo en streaming qui se sont finalement lancées directement sur le web.

Le cas qui fait couler tant d'encre cette semaine est différent et s'inscrit dans une actualité extrêmement sensible aux États-Unis. Suite à l'assaut du Capitole des États-Unis survenu le 6 janvier 2021, il a été établi que l'application Parler, un réseau social similaire à Twitter rassemblant de nombreux utilisateurs de la frange la plus radicale de l'extrême droite américaine, avait été utilisée par de multiples protagonistes pour planifier et coordonner l'attaque de Washington et qu'elle servait toujours de forum permettant de faciliter d'autres activités dangereuses.

Apple a reçu de nombreuses plaintes à ce sujet et a logiquement établi que l'application n'était en l'état pas compatible avec les règles de l'App Store, qui prohibent notamment l'incitation de la violence tout en obligeant les applications hébergeant du contenu publié par leurs utilisateurs à mettre en place différents outils de modération. Le 8 janvier, Apple a donné 24 heures à Parler pour mettre en place une politique de modération sur son réseau social, dont la particularité est justement d'être sans filtre.


Application Parler App Store

Le dirigeant de Parler, John Matze, a sans surprise plutôt mal pris la requête d'Apple : « Nous ne céderons pas face à des entreprises ayant des motivations politiques et à ces autoritaires qui détestent la liberté d'expression », a-t-il notamment déclaré. Parler a bien mis en place une « task force temporaire », mais Apple a semble-t-il senti une tentative de duperie et a hier fini par supprimer l'application de l'App Store. Dans un communiqué, Apple déclare notamment que « il n'y a pas la place sur notre plateforme pour les menaces de violence et les activités illégales », précisant que Parler pourra faire son retour si une mise à jour de l'app lui permet de revenir dans les clous. Notez que de son côté, Google s'était montré plus expéditif en suspendant Parler sans sommation dès le 8 janvier.

Parler n'est donc plus disponible au téléchargement sur l'App Store d'Apple depuis le 10 janvier, mais cette mesure ne bloque que les nouveaux téléchargements et n'empêche pas les utilisateurs ayant l'application installée sur leur iPhone de continuer à s'en servir. Amazon s'est ainsi chargé de l'exécution finale en prenant la même décision pour l'accès de Parler à son service de cloud computing AWS. Tous les serveurs de Parler ont été déconnectés il y a quelques heures, rendant l'application totalement inopérante.

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Vos réactions (14)

Delphin

11 janvier 2021 à 17:44

Pour le coup je trouve cela scandaleux. On a l’impression que ces décisions sont prises en fonction de l’actualité lunatique et non pas pour de vraies raisons. Typiquement, cette application n’aurait jamais été supprimé s’il n’y avait pas eu l’assaut du capitole. Si elle n’avait pas été supprimée jusqu’à là (voir même que l’on on entendait pas parler), c’est qu’elle ne semblait pas déranger plus que cela. Par ailleurs, même si je n’apprécie pas spécialement Trump, comment se fait-il qu’il soit plus légitime de lui suspendre son compte par rapport à l’ex premier-ministre Malaysien qui avait appelé à tuer dès français sur Twitter et qui là n’avait fait l’objet d’aucune sanction. Bref, encore une fois si on les interroge, ces entreprises vont se « protéger » en disant qu’elle ne se fient qu’au droit américain (alors que ces mêmes boîtes rampent devant le gouvernement Chinois quand elles y sentent un intérêt et sont prêtes à appliquer le droit chinois -Je parle notamment pour Google-). Enfin, le droit, s’il est bien appliqué, répond à des règles fixes et ne doit pas varier en fonction de l’actualité du moment. Si on se réfère donc au droit pour justifier de la fermeture de ces applications, elles auraient du l’être depuis bien longtemps et pas seulement après un événement comme le capitole quand bien même cela soit majeur.
Après il conviendrait de gérer les conditions d’utilisations des grosses entreprises pour ne pas qu’elles prennent non plus des libertés notamment en terme de limitation de la liberté d’expression.

Delphin

11 janvier 2021 à 17:46

Veuillez m’excuser pour les fautes, j’ai écrit un peu rapidement...

DKSnake

11 janvier 2021 à 17:53

@Delphin: ces décisions sont prisent parce que les géants du numérique ont la liberté de décider qui peut dire quoi sans passer par la case justice. Mais ce phénomène n'est pas valable qu'aux USA. En ce moment la France pousse, via la loi Avia, et au niveau EU, pour renforcer le pouvoir de censure discrétionnaire des plateformes.

Photograve

11 janvier 2021 à 18:12

Il semble que Parler subisse des "petits" problèmes de sécurité … est-ce du à une migration hors AWS ?

https://twitter.com/donk_enby/status/1348296642324213760

magister

11 janvier 2021 à 18:16

Souvenons-nous des haros lorsque je ne me souviens plus quel réseau censurait un tableau de Michel-Ange où figurait un sein nu : je ne vois pas en quoi les réseaux sociaux sont légitimes pour déterminer les frontières de la liberté d'expression ! Cela ne devrait appartenir qu'au pouvoir politique légitimement élu.

The Hoff

11 janvier 2021 à 18:45

@ Delphin: ce n'est pasune question de droit. Le droit américain n'autorise en aucun cas les menaces de mort, qui ne rentrent pas dans le cadre du premier amendement sur la liberté d'expression. En revanche, une société privée est tout à fait libre de fermer un compte qui contrevient, selon elle, à ses conditions d'utilisation. Le problème est donc plutôt la place exorbitante qu'ont prises ces multinationales dans nos vies, qui va bien au delà de la simple domination économique, sans aucun contrôle démocratique a minima.

Sethenès

11 janvier 2021 à 19:07

@Delphin : tu as raison.

Mais je pousserais le raisonnement plus loin. Ces plateformes ont établi des règlements, souvent depuis bien longtemps mais ... l'appliquer revenait à se tirer une balle dans le pied.

Le délire d'un gars qui a deux suiveurs sur Twitter n'intéresse pas grand monde et risque peu de provoquer un scandale ... De même, supprimer ce compte n'a aucun impact sur les revenus de Twitter.

A contrario, supprimer quelqu'un qui a des millions de followers demande du courage et peut-être au bout du compte, de devoir licencier des collaborateurs. C'est aussi prendre le risque qu'un concurrent moins scrupuleux (en tout cas au début) voit le jour et raffle la mise. Du reste, c'est ce qui semble s'être passer dans ce cas-ci.

La solution ne peut venir que de la régulation extérieure. Si pendant des décennies les seules radios et télévisions ont été publique, ce n'est pas pour rien. Le contrôle (pire ici puisqu'il était en plus politisé) se faisant à la source.

Il faut que le risque pris en ne faisant pas respecter un minimum de choses soit telle qu'il est moins intéressant de tricher que de jouer loyalement.

La solution aurait effectivement été de fermer les comptes litigieux dès le départ, quel que soit le compte et quel que soit le parti. Le faire maintenant apparait comme une censure et surtout une logique de deux poids, deux mesures.

Elpianiste

11 janvier 2021 à 19:40

Donc, si les provocateurs avait utilisé la poste pour diffuser et coordonner tout ça, on aurait fermé La Poste parce qu’ils contribuent à diffuser ces activités ? Non mais on va trop loin... Par contre facebook qui va afficher 50 pubs de soutifs parce que madame à regarder une fois le site d’etam et que le compte du fiston de 11 ans qui met qu’il a 13 ans ça ne les dérange pas Apple ? Je ne sais pas vous mais c’est une belle hypocrisie tout cas... 😩

Sethenès

11 janvier 2021 à 20:40

En écho à ce que je disais ... le réseau Gab.

Cowboy

11 janvier 2021 à 21:02

La question est: jusqu’où peut-on aller trop loin? Si on accepte n’importe quoi, on devient complice. Si on met une limite, on restreint les libertés. Une décision doit tôt ou tard être prise et je soutiens Apple. Les grandes sociétés ont des responsabilités et dans ce cas ils ont bien fait.

ovalprom

12 janvier 2021 à 08:49

Les gens qui critiquent commettent l’erreur de penser que ces plateformes sont des services publics. Or, ce sont des sociétés privées, qui édictent leurs règles et sont parfaitement dans leur droit en prenant des mesures d’exclusion. On l’oublie trop souvent.

pehache

12 janvier 2021 à 09:14

Elpianiste : "Donc, si les provocateurs avait utilisé la poste pour diffuser et coordonner tout ça, on aurait fermé La Poste parce qu’ils contribuent à diffuser ces activités ?"

Le contenu du courrier est privé, rien à voir avec un discours public.

"le compte du fiston de 11 ans qui met qu’il a 13 ans ça ne les dérange pas Apple ?"

C'est aux parents de surveiller ce que font leurs enfants.

VanZoo

12 janvier 2021 à 12:56

Sinon l'Education, après la séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905, sans indépendance des médias et du pouvoir, il n'y aura pas de réelles démocratie.
Il ne faut pas se focaliser sur les GAFAM ; les médias sont tenus par un poignée de " Davosiens ", tous potes comme cochons. Qui s'offusque que les paroles anti-capitalistes sont à 99,9% censurées ?
Le principal problème n'est pas tant ce que Twitter and co ont pu faire (ils en ont le droit, la légitimité, leur entreprise leur appartient), c'est celui des quasi monopoles, des contre-pouvoirs (surtout celui de Google qui avait supprimé le compte Youtube de l'infâme Dieudonné)

The Hoff

12 janvier 2021 à 14:25

@ pehache: oui, mais c'est aussi à l'entreprise qui propose un service de faire en sorte qu'il ne soit pas simple comme bonjour de l'utiliser par des personnes qui ne devraient pas. Apple avait d'ailleurs été épinglé il y a quelques années car un enfant pouvait acheter sans limites et très facilement des fonctions à l'intérieur d'applications pour enfants.

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